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vendredi 22 février 2013

Les TIC : des outils incontournables pour les entreprises. Interview avec Jean Michel Yolin

Jean Michel Yolin

CV : Jean Michel Yolin est en charge, au ministère de l'Economie, des Finances et de l'Emploi, des problématiques liées à l'innovation, au développement technologique, à l'enseignement supérieur et à la recherche. Il est l'auteur du rapport intitulé "Internet et entreprise : mirages et opportunités", établi à la demande du ministère délégué à l'Industrie de l'époque et publié en 10 éditions de 1997 à 2006.

Interview :

Qu'est-ce que désigne le sigle TIC ?


Les TIC, technologies de l'information et de la communication, regroupent tous les outils, logiciels ou matériels de traitement et de transmission des informations : appareils photos numériques, téléviseurs, téléphones portables, ordinateurs, etc.
D'une manière générale, tous les moyens de communication électronique sont visés, quelle que soient leur forme (écrite, imagée, parlée, etc.) et leur cible (clients, fournisseurs, entreprise, relations, etc.).
Internet est un élément majeur des TIC, mais ce n'est pas le seul.

Les TIC sont-elles adaptées aux TPE ?


Sur le plan de l'accessibilité : à l'évidence, car il s'agit de technologies intuitives ! L'usage d'Internet a beaucoup évolué. Dès l'âge de 2 ans, les enfants commencent à utiliser l'ordinateur ; les nouvelles générations sont baignées dans les nouvelles technologies dès leur plus jeune âge. Et on ne peut pas parler de problème de coût car les prix des ordinateurs ont énormément baissé.

D'après vous, les entreprises ayant une activité locale ont-elles besoin des TIC ?


J'ai une maison et, comme tout le monde, de nombreux problèmes à régler : réparation de la robinetterie, de la toiture, etc. Pour cela, je fais appel à des artisans qui sont facilement accessibles : c'est mon principal critère de choix. Je pense réagir comme la plupart des gens. Aujourd'hui, il est important que les entrepreneurs aient un site Internet et qu'ils soient contactables par email. Le téléphone portable, est également un outil des TIC. On ne peut imaginer aujourd'hui un entrepreneur ou un artisan sans téléphone portable. Les TIC ont rendu les communications plus riches. On peut s'envoyer des photos au lieu d'écrire de longues pages pour expliquer un problème technique.

Qu'appelle-t-on "Web 2.0" ?


Quand le web est apparu au début des années 90, c'était pour permettre à la communauté internationale de physiciens de pouvoir partager leurs expériences. Ils se réunissaient à Genève durant plusieurs mois pour travailler ensemble. Une fois repartis, ils devaient être en mesure de poursuivre leurs travaux individuellement, mais en restant en contact. Un outil répondant à cette problématique à donc été créé : le web collaboratif. A la fin des années 90, nous avons connu l'émergence de la Bulle Internet, son effondrement et ensuite son redémarrage.
Le Web 2.0 est un raccourci inventé par les financiers pour dire "ça redémarre !". Puis, comme cette expression a fait florès auprès des journalistes, certains, en mal de marketing, ont essayé de la récupérer pour lui donner une signification technologique. Ils ont ainsi fait croire que le Web 2.0 était l'internet collaboratif… Seulement, le web collaboratif existait déjà depuis l'origine!
Le web1.0 a été inventé beaucoup plus tard, lorsque les médias se sont emparés du 2.0. C'est donc un concept purement marketing et ça continue avec le web 3 et le web au carré… Il n'y a pas eu de révolution, mais quelques évolutions qui ont rendu, internet ergonomique et facile d'utilisation.

Les TIC peuvent-elles permettre aux TPE de se développer ?


Pour exister, on ne peut "échapper" aux TIC. On voit se créer des entreprises grâce aux TIC. Par exemple : les auto-entrepreneurs qui vendent sur eBay, les entreprises faisant de l'entretien et de la maintenance d'ordinateur, etc. De nombreuses activités ont été créées autour des possibilités qu'offre Internet. Vous voyez qu'il ne s'agit pas nécessairement de choses très compliquées. Certains entrepreneurs ont besoin d'Internet pour développer leur relation-client. D'autres travaillent en sous-traitance pour des grandes entreprises, connectés avec leurs donneurs d'ordre pour régler les problèmes financiers, administratifs, etc. Peut-on dire que c'est cela qui leur permet de passer à un statut de PME ? On peut sans doute dire que ces entreprises sont plus efficaces et plus compétitives, mais je ne pense pas qu'il y ait de corrélations mécaniques entre l'usage des TIC et le passage de TPE à PME. Même lorsqu'une entreprise n'a pas de perspective de développement, les TIC lui permettent de travailler plus efficacement.

Une partie du rapport "Internet et entreprise : mirages et opportunités" concerne la compétitivité des entreprises françaises face aux TIC. La situation a-t-elle évolué ?


Malgré les efforts fournis, nous sommes toujours très en retard. L'écart entre les pays latins et les pays du nord demeure.

Quels sont les freins des entreprises face à l'usage des TIC ?


Ils sont essentiellement de nature culturelle. C'est surtout vrai pour les grandes entreprises, moins pour les TPE. Ceux qui on réagit rapidement, ce sont les agriculteurs, car ils ont du bon sens! Ils sont habitués de longue date à la coopérative, c'est-à-dire la mise en commun de leurs moyens. La coopérative agricole fait partie de leur culture. S'ils décident d'acheter des engrais, ils grouperont leurs achats pour avoir des gains immédiats. Par ailleurs, les agriculteurs sont dépendants des aléas météos ; ils sont donc souvent équipés pour être informés en temps réel.

Autre exemple, les pêcheurs vont pouvoir consulter en temps réel le cours des soles et daurades. Ils pourront ainsi adapter leurs pêches en conséquence. Les TIC leur permettent de vendre dans les meilleures conditions, facilement, simplement et de façon rentable.
Dans les entreprises industrielles, cela a été plus lent. Les TIC ont été perçues comme des outils de pouvoir. Le patron avait peur d'être dépassé par sa secrétaire car il maniait moins bien ces outils. Cela s'est traduit par des blocages intellectuels.

En France, la fidélité est plus importante que la compétence. La structuration tribale était différente dans les pays où il y avait du soleil et de l'eau. Dans ces pays, on contrôlait la terre. Pour les pays du nord, ont été favorisées la pêche, la chasse, etc. On contrôlait les points stratégiques et on les mettait en réseau. La culture des pays du nord était ainsi déjà organisée en réseaux. Ils sont d'ailleurs devenus rapidement des comptoirs de commerce. A la différence des pays latins, les pays du nord attachaient donc une importance à la reconnaissance par leurs pairs plutôt que celle du roi. Tout cela ne se change pas en une génération !

Dans le cadre de vos missions au ministère, quels sont vos axes de travail ?


L'actualité, nous pousse à nous pencher sur les questions du télétravail à cause du développement de la grippe H1N1. Nous travaillons également sur les grands secteurs, comme l'aéronautique par exemple. Quand on parle d'Airbus, on pense souvent « grande entreprise », mais derrière se cachent 5 000 entreprises et notamment des TPE. Airbus n'est compétitif que si la communauté d'entreprises qui participent à sa conception et sa maintenance est performante. Cela passe par sa capacité à être réactive et flexible. Les TIC y contribuent.
Enfin, il y a encore un travail de diffusion des TIC par le canal du passeport numérique qui permet, via des relais locaux type CCI, d'informer et de former les TPE sur les outils TIC, les logiciels, etc.

Quelles TIC ont émergé ces dernières années ?


Tout d'abord, le développement du nomadisme : ce sont les TIC portables : téléphones portables, ordinateurs portables... Il s'agit d'un élément majeur pour l'activité des artisans qui se trouvent très souvent à l'extérieur de l'entreprise.
Ensuite, le développement des réseaux à haut débit, qui a engendré le développement de l'image et de la vidéo. Cela ouvre des champs tels que le développement de la vidéo sur le net pour des modes d'emploi, la formation, la maintenance, etc. Les journaux ou radios qui ont des sites, proposent aujourd'hui des vidéos. Finalement la radio fait concurrence à la télévision !
Tout cela a été rendu possible grâce à l'effondrement des prix et à l'augmentation des débits.


Propos recueillis en novembre 2009 par Neïla Tabli publié le13/11/2009

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